Respect, dominance, leadership, désensibilisation … ces incompris !

Et si nous parlions de mots, des idées qui aimeraient être véhiculées, des croyances et enfin de la réalité scientifiquement prouvée, en décalage avec les explications. Finalement comment peut-on mettre des mots sur nos observations et nos pratiques de communication et d’éducation en lien avec le comportement ? Ces mots sont utilisés pour expliquer, observer, analyser les comportements animaliers. Ici nous nous intéresserons aux chevaux. Ces mots sont repris dans diverses méthodes d’éducation basées sur le comportement, dont le Clicker training, les Savoirs éthologiques, Horseman science, Happy Horse Happy Life, ou encore le programme Parelli, entre autres pour ne citer que ceux-là. Or on se retrouve face à un petit (énorme en fait) problème : la différence entre ce qu’on aimerait expliquer, appliquer et la réalité ! Cela fait un moment maintenant dans toutes mes lectures et recherches, que j’essaie d’avoir des explications afin d’être en accord avec ma pratique. Les retours de mes chevaux me laissent à penser que je suis juste, et je souhaite que mon enseignement, mes explications et mes analyses théoriques puissent l’être tout autant. Il y a pour chaque mot, d’un côté leur définition de base que l’on trouve dans n’importe quel dictionnaire, et leur définition scientifique, éthologique pure, qui ne s’applique que dans les interactions chevaux-chevaux. Voyons ensuite quels liens nous pouvons faire (ou pas), et donnons du sens à ce que nous croyons et à ce que nous faisons. Bienvenue dans le musée des incohérences !

Un mot après l’autre

Désensibilisation :

Définition = Domaine de la sensibilité, de l’émotivité, de l’affectivité. Faire perdre ou empêcher toute réaction émotive à, rendre incapable de témoigner de la sensibilité, de l’intérêt à (un événement, un objet, une personne, etc.). Réduire ou supprimer, par traitement thérapeutique ou psychologique, l’hypersensibilité, l’hyperémotivité de (quelqu’un), rendre moins sensible ou insensible à l’agressivité. (Source CNRTL le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales). On commence plutôt avec le musée des horreurs en fait quand on y pense … Vous souhaitez réellement dénuer votre cheval d’une de ses plus grande qualité à ce point ? Pour en faire une table ou une statue de marbre à l’entrée de chez vous pourquoi pas, mais si c’est le cas, je crois que côté relationnel, cela risque de vite manquer d’intérêt. Or ce mot est employé à tort et à travers en permanence et me reste personnellement en travers de la gorge. Quels que soient les principes d’éducation que vous choisirez d’employer pour votre cheval, j’espère grandement que votre communication reposera surtout sur l’équilibre parfait entre relation et partenariat réciproques, et non de tomber dans l’extrême de la “désensibilisation”.

Ce mot est apparu en souhaitant éduquer l’hyper sensibilité des chevaux, et ne plus obtenir une réaction, mais plutôt une réponse adéquate et sécuritaire à différents stimuli et situations dans notre monde d’humains. Dans le programme Parelli, on préfère ici parler de Jeu de l’amitié, ou de jeu de la mise en confiance. Le principe psychologique de ce jeu n’est pas de présenter et secouer tous les objets, bouteilles, sticks et sacs plastiques bleus, verts, jaunes, rouges …… ah non moi mon cheval il a peur du violet …… en fait non, ce n’est pas à propos de ce que vous présentez au cheval ! C’est à propos de VOTRE ATTITUDE ! Comment présentez-vous cet objet à votre cheval ? Comment vit-il cette situation d’un bruit qui l’a surpris et donc effrayé et qu’avez-vous fait de cette situation ? C’est votre ATTITUDE et VOS CONNAISSANCES qui créent une communication, un langage et enseignent à votre cheval que jamais il ne devrait douter qu’un jour vous puissiez le blesser, ni le manger. Le jeu de l’amitié construit et apporte au cheval de la SECURITE. Dans la pratique, on ne dit pas “Je vais désensibiliser mon cheval à la bâche” par exemple, ni même à quoi que ce soit d’autre. Mais, je vais construire la confiance de mon cheval pour appréhender telle ou telle situation en jouant le jeu de l’amitié dans l’une des 5 aires de confiance dont a besoin mon cheval pour se sentir en sécurité, à savoir :

  • Confiance en lui-même en tant qu’élève qui ose découvrir
  • Confiance en vous en tant qu’enseignant juste et fiable
  • Confiance en l’environnement
  • Confiance aux autres chevaux
  • Confiance en vous en tant que leader ou preneur d’initiatives : nous reviendrons sur ce point important plus bas dans l’article à propos du leadership

Une élève m’a dit un jour qu’elle avait mal “désensibilisé” son cheval à ses mouvements amples au sol, car lors d’un stage, l’intervenant avait demandé aux stagiaires de courir vers leurs chevaux et de sauter partout afin d’évaluer leur “désensibilisation”. C’est là encore VOTRE ATTITUDE et CELLE DES AUTRES AUTOUR ainsi que la nervosité ou non de l’ensemble du groupe de chevaux autour qui vont déterminer l’état de relaxation de votre cheval. Est-ce que vous avez souvent effectué de grands gestes autour de lui ? Toujours dans la carrière ou toujours à l’aire de préparation ? A quel moment de votre échauffement ? Quel était l’échauffement mental et émotionnel de votre cheval ce jour du stage ?

Un autre exemple est celui d’un élève de Pat Parelli qui était très fier de l’informer qu’il pratiquait tellement bien le jeu de la mise en confiance, que son cheval n’avait même plus peur des ours arrivant dans son parc. Pat était alors très déçu et triste pour son élève car le jeu n’avait pas été suffisamment bien enseigné ! Avoir confiance, ne signifie pas être dénué de sens et d’instinct de survie. Mes chevaux passent tous sur tous types de passerelles de toutes hauteurs, étroitesses et matériaux. Les rares fois où ils ne veulent pas passer, ils ont toujours raison car ils sentent alors un danger !!

Construisez la confiance et la relation entre vous avez votre cheval, mais ne le DESENSIBILISEZ PAS !

Respect :

Définition = Considérer quelqu’un avec respect, porter une profonde estime à quelqu’un, le traiter avec égards en raison de son âge, sa position sociale, sa valeur morale ou intellectuelle (Source CNRTL le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales). Il s’agit bien ici de particularité entre humains. Les chevaux entre eux n’ont pas la moindre idée de ce que être respectueux signifie. Ils agissent à un instant T pour répondre à un besoin. Si nous utilisons ce mot dans des analyses de comportement, alors c’est de l’anthropomorphisme : nous prêtons aux chevaux une analyse comparative de comportement par rapport à nos propres codes sociaux. Exemple : C2 s’est déplacé pour éviter C1 qui allait le mordre s’il progressait 10cm plus loin, donc C2 a effectué un comportement d’évitement (gain de sécurité et de confort par évitement de la morsure) par rapport à C1 qui agissait ainsi pour son confort personnel (finir ses carottes, poursuivre sa sieste, etc.) ou par interaction de jeu (qui bouge qui).

Dans la pratique, on a eu pour habitude de définir le Respect entre l’humain et le cheval par : Réponse appropriée de cession à une pression physique ou à une pression mentale (type suggestion). Est-ce que cela signifie que le cheval nous reconnait une position sociale ? NON

Est-ce que cela signifie que le cheval nous reconnait une autorité, une valeur, une supériorité ? NON

Et c’est ici qu’il peut y avoir confusion. Dans l’éducation, et dans la vie de tous les jours, les chevaux apprennent par association, et par recherche de trois fondamentaux pour eux : Sécurité, Confort et Jeux d’interaction. En ayant appris à céder rapidement et avec légèreté à une pression, le cheval acquiert rapidement du CONFORT. Sa recherche dans son comportement est d’obtenir du confort, et non de nous témoigner du respect. Le mot “respect” est utilisé à tort pour une image que nous avons, et que nous nous faisons de l’éducation et des comportements appris au cheval. Ce n’est pas une réalité de fonctionnement comportementale. Est-ce un manque de mot à disposition pour expliquer une idée avec une visualisation simplifiée pour aider les élèves à comprendre ? Un défaut de langage qui s’est imposé de lui même par défaut d’habitude ? Chez Parelli, on a tendance à encore entendre ce mot, même s’il est progressivement remplacé par “Rechercher à ce qu’un cheval soit En réponse” dans les demandes, et dans son éducation. On observe donc davantage la qualité de réponse donnée en fonction des circonstances plutôt que de raccourcir et simplifier en tombant dans une analyse fausse telle que “répondre avec respect ou sans respect” qui là serait un non sens lexical.

Dominance :

Définition = Fait de dominer, d’exercer un pouvoir souverain ou prépondérant dans l’idée d’obtention d’une supériorité (Source CNRTL). D’un point de vue éthologie intra spécifique : position relative de deux individus résultant de l’établissement d’une hiérarchie sociale dans le groupe. (Elle est fondée sur l’établissement des rapports de force à la suite de situations agressives.) (Source Larousse encyclopédie)

Je prends exprès les définitions données dans le sens commun le plus large, car c’est ce qui est utilisé. D’un point de vue éthologie scientifique toujours intra spécifique : utilisation d’un comportement spécifique, selon un schéma, afin d’atteindre prioritairement une ressource précise (eau, nourriture, abri, etc.) (Source Science direct https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0737080617300059?fbclid=IwAR3fPne6ZJmH7WL-wlKynwXPsWtJtHdHZLmkh8g_6_ad9y-KewwQDQpBRKY#ack0010)

Ces traits de comportements sont observés entre les individus d’une même espèce. Historiquement, surtout en France avec notre apprentissage militaire de l’équitation, on retrouve ces mots de “respect” et “dominance” vis à vis de l’animal qui doit être “soumis”. Or scientifiquement cela ne colle pas avec le fonctionnement inné du cheval. Je vais ici développer davantage car dans les programmes aussi bien Happy Horse que Parelli, c’est un mot que l’on retrouve dans l’idée de donner une certaine visualisation dans les jeux, mais je pense que l’on peut trouver de meilleurs mots afin d’être plus proche du sens à transmettre, plus juste, et plus proche de la réalité scientifique.

Dans le troupeau : Hiérarchie des individus enseignée jusque là : Une jument alpha mène le troupeau et donne les grandes directives de déplacements des individus les uns par rapport aux autres, que cela soit pour les faire bouger, ou pour les amener d’une ressource à une autre. L’étalon chef protège le troupeau des agresseurs (prédateurs ou étalons concurrents). Les individus sont classés par ordre hiérarchique linéaire : 1, 2, 3, 4, ……..20. L’image serait pratique, mais c’est une fausse réalité scientifique, ce n’est pas si simple. Hiérarchie et fonctionnement réels des troupeaux d’après les études éthologiques connues à ce jour (Sources IFCE, ISE, Thehorse.com, livescience.com, etc.) : Dans une même zone environnementale, on recense autant de mâles que de femelles. Les troupeaux sont de petits groupes d’individus avec un étalon reproducteur, 3-4 juments, des poulains et des jeunes jusqu’à 2 ans, avant qu’ils ne se fassent remercier de rejoindre les groupes de mâles célibataires. Les groupes de célibataires gravitent autour dans des environnements proches. Les juments défendent autant les poulains que l’étalon qui est déjà fort occupé à repousser les concurrents fréquents. Aussi bien dans le groupe de célibataires, que dans le troupeau avec l’étalon reproducteur, les preneurs de décisions de mouvements, ou d’accès à une ressource ne sont pas nécessairement les plus hauts situés dans la hiérarchie. La place hiérarchique de supériorité d’un individu par rapport à l’autre n’est pas la même à vie, et surtout peut rester indéfinie durant de longues périodes où l’on observe des situations de jeux et d’interactions très fréquentes, et parfois très intenses ! L’étalon n’est pas un alpha. Il doit demander autorisation à ces dames qui ont le dernier mot pour la reproduction. Une même jument fait rarement un poulain chaque année, en revanche la jument présente une forte fertilité lorsqu’elle a décidé d’aller à l’étalon. Concernant les groupes de célibataires, ces groupes ont des interactions riches et fréquentes les uns avec les autres. Là encore pas de hiérarchie en linéarité, et on peut observer par exemple ces types de structure C1, C2 fonctionnent souvent ensemble, avec en dessous C3, C4, C5, C6 qui fonctionnent ensemble. On peut parler d’interactions amicales. C5 pourrait être un individu plus indépendant, s’isolant fréquemment, tout en ayant le reste du troupeau en visu. Il peut aussi être un déclencheur d’initiative et amener tous les autres mâles à le suivre jusqu’à une prochaine ressource.

Dans notre réalité d’humains : Le mot dominance n’a pas sa raison d’être du fait que l’on ne cherche pas à accéder à l’une des ressources de notre cheval avant lui. On est d’ailleurs plus souvent en train de les lui procurer plutôt que d’être dans une certaine forme de compétitivité. De même jamais vous n’entrerez dans le troupeau avec les chevaux vous regardant tel un alpha supérieur, pas plus qu’ils ne vous prendront pour un cheval même en utilisant les jeux inspirés des comportements et des interactions qu’ils ont entre eux. Et ce n’est pas le but ! Notre but est de créer une communication compréhensible du cheval, qui a du sens pour lui, et de subvenir à ses besoins que sont Sécurité, Confort et Jeux dans tout ce que nous faisons avec eux. De l’entraînement dressage sur cavaletti, à la séance de cardio sur la piste de galop du cross, à la sortie balade sur la plage, etc. nos chevaux ont toujours les mêmes besoins, qui, par une communication appropriée sont relativement simples et rapides à fournir. Donc les séances que nous avons avec nos chevaux, ou nos intentions d’attirer par exemple tout le troupeau à nous suivre pour changer de parcelle en liberté, sans se faire bousculer. Ce n’est pas le résultat d’une instauration de dominance, de respect ou quoi que ce soit d’autre. C’est d’avoir communiqué une intention comprise à un instant T, par l’éducation, qui procure alors un besoin satisfait au cheval. Et c’est tout !

Le mot dominance est souvent utilisé dans des observations de feedback faciaux, d’attitudes ou de comportements des chevaux dans les moments de jeux, que l’on nomme aussi interactions. C’est là où il serait peut-être plus juste de pouvoir le remplacer par “qui fait bouger qui” ou “choix du meneur”, etc. Parfois les chevaux souhaitent prendre les décisions à notre place pour X ou Y raison, et ainsi obtenir un besoin fondamental. Or les interactions, et jouer vraiment le jeu, quand vous avancez dans le programme vous saisissez vraiment ce que cela signifie pour les chevaux. Qui sont de plus en plus demandeurs de séances de jeux, d’interactions avec leur humain. Le cheval est tellement brillant à lire notre langage corporel, et à parvenir à nous faire faire des choses, qu’il joue à nous faire bouger subtilement, l’air de rien, ou de manière flagrante. Quelques exemples : venir à nous avec le nez tendu en avant et les oreilles en arrière, brouter à côté de nos pieds, voir vouloir vraiment cette touffe d’herbe qui était sous nos pieds, envoyer les postérieurs dans notre direction sur le cercle quand on lui demande de galoper, se cabrer quand on demande de reculer, secouer l’antérieur et l’agiter quand on demande le pied pour lui curer, gratter le sol ou frapper le sol quand on demande une immobilité ou des déplacements précis par exemple pour ouvrir et fermer une barrière à cheval, secouer franchement la tête, nous bousculer et frotter son nez contre nous ou le seau quand on amène le fourrage ou la ration, etc. Les exemples sont multiples, et quand ces comportements ne sont clairement pas suite à une peur (tous les phénomènes douloureux quels qu’ils soient rentrent dans la catégorie de la peur), ou suite à une confusion, alors c’est un comportement de jeu pur et simple sur qui fait bouger qui, et qu’est-ce que le cheval parvient à obtenir en agissant ainsi. C’est à ce moment là où le mot dominance, s’il est utilisé, est selon moi mal placé. Interpréter une réponse, une attitude comme un fonctionnement de “dominance” de notre part sur le cheval (et vice versa) est autant un non sens lexical, que l’utilisation du mot “respect”. Nous tombons dans l’anthropomorphisme.

Relation et partenariat à dose égale : Le programme Parelli repose sur l’équilibre réciproque de la relation et du partenariat avec notre cheval. Le cheval doit pouvoir autant trouver son compte à évoluer avec nous, que nous avec lui. Et cela en instaurant un langage compréhensible, de plus en plus fin et élégant. Si vous vous demandez là maintenant pourquoi vous avez un cheval ou pourquoi vous allez au centre équestre ? C’est avant tout parce qu’on les aime ces animaux ! Or de l’autre côté, de leur point de vue, ils ne vont pas dire à leurs copains dans le troupeau “Hey regarde y’a mon humain qui vient et que j’adore car c’est toujours moi qui ai droit au plus gros sac de carottes ou aux dernières guêtres à paillettes !”. En revanche là il sait que vous êtes un garde manger très efficace ^^

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